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Docteur, quelles complications avez-vous eues?

Mon livre ne serait pas complet, si j’omettais de parler des complications auxquelles j’ai été confronté, au fil de mes quinze années de liposuccion. En chirurgie, nous travaillons sur du tissu vivant et cela implique que ce tissu guérit comme bon lui semble; le chirurgien n’a donc pas de contrôle sur le processus de guérison.

D’ailleurs en médecine, le risque zéro n’existe pas. Ainsi, sur un total de 5120 liposuccions, j’ai rencontré les difficultés suivantes:

  1. Infections 3
  2. Inflammations (panniculites) 3
  3. Pneumothorax 1
  4. Phlébite 1
  5. Éruptions médicamenteuses localisées 4
  6. Séromes ou hématomes 63
  7. Intoxications à la xylocaïne 3
  8. Douleurs exagérées 2
  9. Rougeurs de la peau qu’on appelle marbrures (livedo reticularis) 18

1. Infections

J’ai opéré, au tout début de ma carrière, un énorme tablier graisseux. Ce tablier s’est infecté et la patiente a dû être hospitalisée quelques jours. Je lui ai fait trois autres interventions par la suite sur d’autres sites sans aucune complication. Aujourd’hui, je n’opère plus ces énormes tabliers car en général, l’IMC de ces patients est trop élevé. Une autre patiente, que j’ai opérée à l’interne cuisse, a présenté une infection à un mollet, ce qui est très inusité. Elle a dû aussi être hospitalisée quelques jours sans aucune suite malencontreuse.

Le troisième cas d’infection est survenu sur une patiente qui, suite à sa liposuccion, a présenté des lésions bulleuses aux sites d’intervention, qu’on appelle éruption médicamenteuse localisée. La patiente devait se présenter à la clinique une fois la semaine pour désinfection, pansements, suivi, mais après quelques semaines, elle a cessé de venir à ses rendez-vous, pour revenir , cinq semaines plus tard avec une infection à mycobactéries sur la cuisse antérieure. Il a fallu débrider cette plaie, ce qui a laissé une cicatrice ressemblant à une brûlure. Si cette patiente avait été fidèle à ses rendez-vous, cette cicatrice aurait été évitée. L ’infection à mycobactéries est donc survenue plusieurs semaines après la liposuccion et n’est pas due directement à l’intervention. Je rappelle, que le fait d’éviter les points de suture après une liposuccion favorise le drainage et prévient l’infection et l’inflammation.

2. Panniculite

Il s’agit d’une inflammation, à savoir des plaques rouges sur la peau, qui ressemblent à une infection, mais il n’y a aucun microbe. J’ai rencontré trois cas de panniculites. Cette inflammation se traite non pas avec des antibiotiques qui seraient inutiles, mais avec de la cortisone par voie orale. Le diagnostic peut s’avérer difficile, car en apparence, ce problème ressemble beaucoup à une infection.

3. Pneumothorax

Une infirmière, qui ne travaillait plus pour moi, était venue remplacer une consœur malade. Peut-être avait-elle perdu l’habitude, mais en infiltrant un dos, elle a heurté une côte et a envoyé quelques gouttes de liquide anesthésiant à travers la plèvre. La patiente a présenté un pneumothorax. Elle a passé une nuit à l’urgence et a reçu son congé dès le lendemain matin sans aucun autre traitement ou conséquence; le pneumothorax est disparu de lui-même.

4. Phlébite

J’ai eu une seule complication de phlébite superficielle. Une patiente, le lendemain de son intervention, a présenté une douleur au mollet. Plutôt que de m’appeler, elle s’est rendue à l’urgence où on l’a traitée avec des anti-inflammatoires sans aucune autre conséquence.

5. Éruption médicamenteuse localisée

Quatre patientes ont présenté une éruption bulleuse après leur intervention. Cette complication, une sorte d’allergie médicamenteuse, est bien connue et se traite facilement. Il n’y a pas de conséquence sauf si le patient abandonne son traitement, comme dans le cas cité plus haut, ce qui a entraîné de l’infection et une cicatrice.

6. Sérome ou hématome

Cette complication est la plus fréquente en liposuccion, mais elle est très bénigne puisqu’il s’agit d’aspirer cette collection de liquide ou de sang avec une seringue et le tour est joué.

J’ai eu 63 séromes ou hématomes sur plus de 5000 interventions. Le patient vous appelle alors trois ou quatre jours après la chirurgie pour mentionner une bosse ordinairement au bas-ventre, mollasse, comme si du liquide y était resté coincé. Vous le faites venir à la clinique et avec une seringue, vous aspirez le liquide et le remplacez par la même quantité d’air pour éviter que le liquide se reforme à nouveau. Cette complication survient toujours lors de très grosses liposuccions à l’abdomen. Elle serait très facile à éviter , il s’agirait d’être moins agressif et de laisser plus de graisse, ce qui déplairait souverainement à ces patients et demanderait des retouches pour terminer le travail. Donc, entre deux maux j’ai décidé de choisir le moindre, car une retouche, faut-il le rappeler , c’est une nouvelle chirurgie, nouvelle convalescence, etc.

7. Intoxication à la xylocaïne

La xylocaïne est le médicament qui nous permet de faire l’intervention sous anesthésie locale. Lorsque je suis allé chez le D. Klein en 1997 pour m’instruire de la tumescence de la bouche du maître, il recommandait comme dosage de la xylocaïne :

  • 50 mg/kg pour les patientes minces
  • 55 mg/kg pour les patientes de poids normal
  • 60 mg/kg pour les patientes obèses

Certains chirurgiens dépassent allègrement ces quantités. Une patiente en Californie est décédée parce qu’on lui avait injecté 105mg/kg de xylocaïne. Inutile de vous dire que ce chirurgien a perdu sa licence.

Dans ma pratique, sans dépasser les dosages permis, trois patientes ont présenté le soir même de leur intervention des symptômes ressemblant à de « l’ivresse avancée ». Elles ont dû se rendre à l’urgence où un soluté intraveineux a été installé afin de diluer la xylocaïne présente dans leur sang. Elles ont quitté l’urgence le lendemain matin. Curieusement, l’une d’elle avait reçu un dosage bien inférieur à ce qui est permis; peut-être s’agissait-il d’interactions médicamenteuses…et cette patiente aurait omis de mentionner, lors de son questionnaire médical, prendre un médicament qui interagit avec la xylocaïne.

8. Douleurs exagérées

Les douleurs après une liposuccion se comparent à un coup de soleil ou à un engourdissement. En général les patients cessent leur médication antidouleur le lendemain ou le surlendemain de leur intervention. À deux occasions, des patientes se sont plaintes de douleur très importantes. Chez l’une, cela a perduré deux ou trois mois. Fait important, je lui ai ensuite fait une retouche, six mois plus tard, sans que ces douleurs ne réapparaissent. Pour la deuxième, cela a duré plus d’un an et la dernière fois que je l’ai vue, après ce laps de temps, une sensibilité persistait encore. Serait-ce une sorte de névrite ? Je n’ai pas davantage investigué ce phénomène, heureusement rarissime.

9. Marbrures, rougeurs de la peau (livedo reticularis)

Certaines liposuccions peuvent laisser des plaques rouges aux sites d’intervention. En général ces taches rouges disparaissent spontanément après quelques mois. À l’occasion, nous aurons recours au laser pour les faire disparaître. J’ai eu 18 cas de ces marbrures, dont trois seulement ont choisi le laser; les autres ayant jugé que cela n’en valait pas la peine. Cette complication imprévisible est inhérente à la liposuccion car la canule chemine toujours au même endroit sous la peau où il existe un plan de clivage que tout liposculpteur repère facilement.

J’ai donc un taux de complications d’environ 2 %, ce qui, je crois, est bien raisonnable puisqu’il existe des complications inévitables, inhérentes à la liposuccion qui dépendent de la façon dont le patient guérit.

Je rappelle que la liposuccion ambulatoire tumescente est infiniment moins susceptible de complications que la même intervention, sous anesthésie générale. En somme, il apparaît rassurant de savoir qu’une intervention de liposuccion s’inscrit dans un contexte de risques réduits. Les suivis qui sont proposés à notre clinique sont de nature à réduire les inconforts en traitant toute complication potentielle sans délais. C’est dans ce but que j’appelle personnellement tous mes patients le surlendemain de leur intervention et, de plus, ces patients ont en mains tous les numéros leur permettant de me rejoindre à toute heure du jour ou de la nuit.

Source: LA LIPOSUCCION | Tout ce qu’il faut savoir avant, pendant et après – Dr André Dupuy

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