fbpx

Obésité et liposuccion

Au début de ma pratique, je refusais systématiquement les personnes obèses qui me consultaient pour la liposuccion et je leur recommandais de perdre du poids. Le petit nombre qui réussissait ce défi pouvait bénéficier d’une liposuccion. Mais j’ai vite mesurée l’incohérence et modifiée ma stratégie.

Après un amaigrissement significatif, la liposuccion devenait beaucoup plus difficile. Par exemple, si vous prenez deux patientes de 150 livres (68 kg), dont l’une des deux a déjà pesé 180 livres (81 kg), la liposuccion de cette dernière sera beaucoup plus ardue à cause d’une plus forte proportion de tissu fibreux. Voici l’explication qui a résulté de mes observations cliniques. En maigrissant, les cellules graisseuses se vident, mais leur nombre ne diminue pas; pire encore, la proportion fibreuse des tissus graisseux est augmentée. Cela rend le travail plus pénible, les tissus étant beaucoup plus pâteux », plus difficilement pénétrables avec la canule, et la graisse devient ainsi moins facile à déloger . Parfois on a l’impression que la canule glisse dans les tissus sans ramener de graisse.

De plus, les résultats esthétiques seront moins impressionnants dans un tel cas, car très souvent, la peau aura perdu de son élasticité au moment de l’amaigrissement et se rétractera moins bien, donnant un moins beau résultat final. Si on doit liposculpter une patiente qui joue au yoyo avec son poids en perdant et gagnant des kilos, le meilleur moment pour l’intervention sera lorsque le yoyo est à son plus haut.

Beaucoup de chirurgiens croient encore le contraire, mais, selon mon expérience et appuyé par d’éminents spécialistes, entre autres le docteur Klein , l’inventeur de la tumescence, cette opinion est fondée. « Les résultats esthétiques d’une liposuccion chez un ancien obèse tendent à être moins impressionnants que ceux de la même liposuccion chez un patient opéré à son poids maximum », soutient Klein dans on livre Tumescent Technique en page 264.

Je n’ai maintenant aucune objection à liposculpter les patients modérément obèses, surtout ceux qui ont maigri à plusieurs reprises et toujours rengraissé par la suite. Je deviens leur planche de salut, et croyez-moi, ce rôle me convient très bien. N’oublions pas que le but de la liposuccion est de rendre les gens plus heureux, non seulement au niveau morphologique, mais aussi psychologique (estime de soi, dépression, habillement, qualité de vie), hygiénique aussi (tablier graisseux, cuisses qui frottent) et au niveau de la santé du patient en général. n petit excès de graisse nuit à la beauté alors qu’un gros excès nuit à la santé.

Un jour que j’avais eu à traiter un cas d’abdomen très proéminent, la patiente, lorsqu’elle se leva debout après l’intervention, se mit à pleurer en disant « C’Est la première fois depuis 10 ans que je peux toucher mon pubis! ». Est-ce que cette patiente a vu sa vie changer ? En une heure à peine, elle est redevenue elle-même. Y a-t-il une limite de poids au-delà de laquelle la liposuccion n’est pas recommandée ? Bien sûr, ne serait-ce que pour des raisons sécuritaires, on ne fait pas de liposuccion chez tout patient au-delà de 40 d’indice de masse corporelle (IMC). Il arrive qu’après une liposuccion chez un client obèse, on assiste à une perte de poids extraordinaire de 20 ou 25 livres (10 à 12 kg) avec ou sans diète. Certains patients nous affirment n’avoir pas suivi de diète et avoir perdu ce poids naturellement et sans effort. D’autres fois, ils nous confirment avoir suivi une diète, mais la motivation était tellement grande à cause de la liposuccion et du coup de pouce qu’ils en avaient reçu, que cet amaigrissement s’était vécu en douceur , quasi sans douleur. Le rapport au corps et à la santé était alors totalement changé.

On a déjà parlé d’un effet sur la perte de poids, grâce à la liposuccion. Je trouve l’expression très appropriée. En français, on pourrait utiliser l’expression d’effet coup de pouce ». Chez une personne obèse, la liposuccion doit s’effectuer avec beaucoup de prudence et se faire par étapes, car les risques chirurgicaux y sont plus grands, entre autres, nous surveillons les complications d’ordre respiratoire.

Plutôt que de tenter deux énormes liposuccions de 4 litres chacune, on pourrait en proposer trois de 2 à 3 litres, avec plus ou moins deux mois de récupération entre chacune. Cela n’est pas systématique, car chaque demande doit être jugée au cas par cas.

L’anesthésie locale par la tumescence sera d’autant plus indiquée qu’un patient obèse supportera moins bien l’anesthésie générale que la personne mince. Avant de terminer ce chapitre qui nous permet de poser les questions les plus actuelles, je voudrais mentionner ici deux études récentes qui se prononcent en faveur de la liposuccion chez l’obèse. Tout d’abord, le a déjà mentionné que les hommes de plus de 40 ans qui font du ventre (graisse viscérale) sont vingt fois plus à risque de maladies cardiaques que les hommes minces. Selon ces chercheurs, l’endroit du corps où se loge la graisse est plus important que l’excès de poids, jusqu’à un certain point évidemment. C’est ainsi que la culotte de cheval n’aurait pour ainsi dire aucune conséquence sur la santé.

En des mots plus simples, cette information nous montre que pour vivre plus longtemps, il vaut mieux ressembler à une poire qu’à une pomme, peu importe notre sexe. Vous comprendrez que pomme signifie gros ventre alors que poire se rapporte aux fesses et cuisses trop dodues. Pour une obésité bien localisée à l’abdomen, la liposuccion sera une arme de choix, en agissant exactement sur la cause de l’excès de poids alors qu’une  cure d’amaigrissement ne peut d’aucune façon être ciblée. L ’effet yoyo en est la démonstration : que d’efforts inutiles pour des personnes qui n’ont cependant qu’une vie à vivre.

En étudiant ces conditions, un autre fait troublant au sujet de l’amaigrissement nous est rapporté cette fois par des chercheurs de l’ Université Laval. Ces analyses poussées font la démonstration que même si l’opinion généralement acceptée chez les médecins est que maigrir est fort avantageux pour la santé des personnes obèses, l’amaigrissement, en brûlant les graisses, libère dans le sang plusieurs produits toxiques qui s’étaient accumulés dans le tissu adipeux.

Emprisonnées dans les graisses, ces substances étaient inertes et donc non activement préjudiciables à la santé, mais une fois libérées dans le sang, les BPC, pesticides et autres composés organochlorés, deviennent de véritables poisons.

Toujours dans cette même étude émanant de l’ Université Laval, on aurait détecté dix-neuf substances toxiques, en augmentation de 30 % dans le sang des sujets soumis à un régime amaigrissant.

Évidemment, les études sont trop récentes pour déterminer si ces substances peuvent causer des maladies, mais chose certaine, jouer au yoyo avec son poids ne semble plus aussi anodin qu’on le croyait. Il est rassurant de constater que lors d’une liposuccion, toutes ces substances toxiques, plutôt que de s’en aller dans le sang, en risquant de causer des dommages qu’on ne peut encore quantifier, sont aspirées par la canule pour être par la suite incinérées.

J’y constate un autre avantage d’avoir recours à la liposuccion, et de plus, avec la liposuccion, pas de yoyo possible, les cellules graisseuses enlevées ne reviennent plus jamais . En effet, le tissu graisseux retiré l’est pour toujours. Je termine ce chapitre avec un exemple éloquent de changement psychologique, grâce à la liposuccion. ne jeune fille de 19 ans, obèse ( figure 33), qui n’arrivait plus à maigrir, était devenue, en réponse à ses multiples frustrations et malaises intérieurs, d’un caractère quasi impossible à vivre pour ses parents : grossesse à 16 ans, décrochage scolaire, indiscipline, impolitesse et j’en passe…

En désespoir de cause, ils sont venus me rencontrer en consultation. Nous avons planifié quatre liposuccions successives, après un temps de récupération entre chacune: tronc, cuisses, fesses, bras. Elle a ensuite perdu 25 livres (1 1 kg) et son corps s’est effilé, son caractère s’est modifié : elle a vécu une véritable résurrection. Ses parents m’ont dit n’avoir jamais fait un aussi bon investissement, car ils aiment leur fille et ils lui ont offert un cadeau à la mesure de leurs désirs de la voir heureuse, enfin.

 

[Total : 1    Moyenne : 5/5]
Des questions?